Enseignements à tirer des récentes épidémies d’Ebola en RDC

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En République démocratique du Congo (RDC), le virus Ebola demeure une menace pour les communautés. Pour mieux se préparer aux futures épidémies, les intervenants doivent apprendre des réponses précédentes et adapter leurs approches d’engagement communautaire au contexte local. Pour cela, ils doivent tenir compte des besoins linguistiques et de communication spécifiques des communautés affectées. Pour que les futures réponses soient plus efficaces, ce travail doit se faire bien à l’avance.

Réponse à l’épidémie d’Ebola de 2020 dans la province de l’Équateur

Pendant les crises sanitaires, il est très important de communiquer de façon adéquate. Cela implique la prise en compte des langues, des canaux, et des formats de communication préférés des communautés. Ebola est une maladie endémique dans la province de l’Équateur et il est peu probable qu’elle disparaisse de sitôt. Malheureusement, les communicateurs et les intervenants en RDC ont une longue expérience avec les épidémies d’Ebola. Au terme de la réponse à l’épidémie d’Ebola de 2018-2020 au Nord-Kivu, les intervenants ont reconnu l’importance d’inclure les besoins linguistiques et de communication dans la planification des réponses futures. Néanmoins, la réponse à l’épidémie d’Ebola de 2020 dans la province de l’Équateur a montré qu’il y a toujours des enseignements à tirer sur l’importance de privilégier les besoins linguistiques et de communication dans les réponses aux crises.

Enseignements à tirer des récentes épidémies d'Ebola en RDC
Mbandaka, RDC.

Situation contextuelle de la province de l’Équateur

La province de l’Équateur a été le foyer de la neuvième épidémie d’Ebola en RDC en 2018. Après la dixième épidémie d’Ebola de 2018-2020 au Nord-Kivu, la province de l’Équateur a été une fois de plus touchée par la onzième épidémie d’Ebola en 2020. L’épidémie d’Ebola n’est pas un phénomène nouveau pour les communautés de cette province. Contrairement aux foyers des épidémies précédentes d’Ebola à l’est de la RDC, la province de l’Équateur n’est pas le terrain de conflits armés actifs. Néanmoins, elle est confrontée à des défis humanitaires, notamment à des taux élevés de malnutrition, des inondations, et un accès difficile aux zones reculées. À l’instar de la plupart des régions de la RDC, la province de l’Équateur est très diversifiée sur le plan linguistique. L’un des facteurs à prendre en compte lorsqu’on communique avec les communautés de la province de l’Équateur est de faciliter l’accès des communautés autochtonesà l’information, aux services, et leur permettre de jouir de leurs droits.

Des données de qualité sur les langues parlées parles populations confrontées aux crises

Il est important d’inclure la langue dans la planification des activités de réponse afin de soutenir pleinement les communautés et les agents de santé. Notre recherche et notre travail avec nos ONG partenaires ont permis de découvrir que plusieurs des recommandations proposées aux intervenants à l’est de la RDC sont également valables pour le travail de réponse en Équateur. L’équipe de recherche et des services linguistiques de TWB a mené une étude à Bikoro et à Mbandaka sur les barrières linguistiques et de communication entravant la réponse à Ebola. L’équipe a organisé des discussions avec des groupes et des entretiens individuels avec les communicateurs en santé, les membres de la communauté et les acteurs humanitaires. Notre recherche s’est focalisée sur l’accès des différents groupes à l’information, notamment les communautés autochtones, les femmes, les jeunes et les personnes âgées de la communauté. Pour faciliter et améliorer sa recherche qualitative, TWB travaille avec des partenaires pour collecter des données linguistiques quantitatives qui permettront de cartographier les langues parlées par les communautés locales. Ces données linguistiques actuelles, collectées auprès des communautés et des partenaires, permettent à TWB de fournir un appui linguistique basé sur des informations factuelles. TWB a cartographié les langues parlées dans la province de l’Équateur et les localités environnantes selon chaque zone de santé dans le but de faciliter le travail des intervenants.

Enseignements à tirer des récentes épidémies d'Ebola en RDC
Mbandaka, RDC.

Importance de la communication dans les langues locales

En RDC, les intervenants apprennent progressivement à ne plus utiliser uniquement le français pour les activités de communication et d’engagement communautaire. Ils prennent désormais en compte les langues nationales telles que le lingala dans les réponses régionales. Malgré la diversité linguistique de la RDC, caractérisée par plus de 200 langues parlées, il est important de tenir compte d’autres langues locales comme le mongo ou le ngombe dans la province de l’Équateur.

À l’instar du français et du swahili dans le Nord-Kivu, notre recherche a révélé que la plupart des ressources sur la communication en santé dans la province de l’Équateur, notamment les affiches et les outils utilisés par les travailleurs communautaires, sont disponibles en français ou parfois en lingala. Les communautés et les agents de santé doivent disposer d’informations dans d’autres langues locales. Un participant à notre recherche dans le village de Iyembe Munene nous a confié ceci : « nous recevons les informations en lingala, mais le ntomba (langue locale) est la langue appropriée pour recevoir les informations parce que si elles sont diffusées dans cette langue, nous comprenons les messages ». Même le lingala, une des quatre langues nationales de la RDC, a des variantes. Le lingala parlé en Équateur est appelé lingala facileet emprunte des mots à d’autres langues locales et au français.

Les communautés autochtones dans la région du lac Tumba (parfois appelées Batwa) nous ont dit qu’elles préfèrent également recevoir les informations dans les langues locales. Elles souhaitent recevoir les informations face à face d’une personne de leur communauté maîtrisant les spécificités des variantes des langues locales dans leur communauté. Un habitant d’Elanga participant à notre recherche a déclaré ceci : « nous préférons communiquer avec les agents de santé en twa. Malheureusement, ils ne comprennent pas notre dialecte ».

La terminologie est essentielle pour garantir la compréhension mutuelle et établir la confiance

La terminologie est importante dans la communication en santé. Une des leçons tirées de la réponse à Ebola à l’est de la RDC est que les populations n’ont pas aimé les termes déshumanisants. Par exemple, utiliser le terme « cas » pour les personnes qui souffrent d’Ebola. Les participants à la recherche au Nord-Kivu ont trouvé que le terme « cas suspect » avait des connotations criminelles. La même question a été soulevée dans la province de l’Équateur où les participants ont indiqué que le terme « cas suspect » avait des connotations criminelles et pourrait être associé à des personnes impliquées dans la sorcellerie.

Par ailleurs, comme ce fut le cas à l’est de la RDC, nous avons découvert dans la province de l’Équateur que certains concepts sont difficiles à traduire dans les langues locales et que certains mots continuent d’être utilisés dans d’autres langues sans être traduits ou sans traduction cohérente. Un communicateur en santé de Mapeke a reconnu qu’il existe « des difficultés, notamment lorsque le communicateur utilise des mots français, anglais et même […] des mots du lingala parlé à Kinshasa ainsi que du lingala makanza qui est [harder to understand]».

Les termes problématiques peuvent mettre les communautés en danger et briser leur confiance envers les intervenants. Le manque de confiance à l’est de la RDC a eu de graves conséquences pour les communautés et les intervenants, comme ce fut le cas lors de la dixième épidémie d’Ebola.

Enseignements à tirer des récentes épidémies d'Ebola en RDC
Mbandaka, RDC.

Les besoins linguistiques et de communication doivent être pris en compte afin de permettre aux intervenants d’être responsables envers les populations ayant besoin d’informations

Après l’épidémie d’Ebola à l’est de la RDC, des cas d’abus sexuels ont été découverts. Les survivants ont déclaré ne pas savoir comment signaler les cas d’abus ou porter plainte. Un participant de Bokaka a déclaré : « nous préférons échanger avec les personnes qui nous écoutent et nous respectent. Nous souhaitons avoir des entretiens en personne pour mieux nous exprimer ». En plus d’améliorer la communication sur les mécanismes de dénonciation, il est nécessaire de veiller à ce que tout le monde, y compris les locuteurs des langues marginalisées, ait accès aux mécanismes de rétroaction et au soutien offert aux survivants. Un participant de Bokaka a déclaré : « nous préférons échanger avec les personnes qui nous écoutent et nous respectent. Nous souhaitons avoir des entretiens en personne pour mieux nous exprimer ». Nous avons découvert que le fait de fournir les informations et les services dans les langues, les canaux et les formats préférés des populations peut créer la confiance et le respect mutuel entre les intervenants et les communautés.


Principales recommandations pour les intervenants humanitaires en RDC :

  • inclure les données linguistiquesdans la collecte de données ;
  • traduire la documentation destinée aux communautés dans les langues locales ; effectuer des tests sur le terrain pour s’assurer que ces documents sont compris et appropriés pour les populations locales ;
  • fournir aux agents de santé les outils et les formations appropriés dans les langues respectives.

Au cours de nos travaux de recherche et de nos activités dans la province de l’Équateur, les communicateurs en santé et les communautés ont partagé leurs expériences avec nous. Tous les intervenants doivent apprendre des erreurs des interventions sanitaires précédentes et privilégier les besoins linguistiques et de communication des populations afin de mieux se préparer pour les réponses aux futures crises sanitaires.


Grâce au financement de l’UNICEF et de UK Aid, TWB a mis en place une équipe locale de chercheurs et d’experts linguistiques dans la province de l’Équateur pour soutenir les partenaires dans la réponse à la onzième épidémie d’Ebola en 2020 dans la province.


Les outils de TWB pour les réponses à Ebola en RDC sont disponibles sur notre site internet. La documentation et les outils sont disponibles en anglais, en français, et en langues locales. Pour en savoir plus sur les activités de TWB en RDC, veuillez nous contacter à [email protected]

Par Laure Venier, Coordonnatrice du programme de TWB en RDC

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